Bien ancrés dans le petit canal situé entre l’ile Florence et l’île Hovgaard, nous avons fêté Noël en mangeant une bonne fondue au fromage que Fredo nous avait rapportée de Suisse et nous avons attendu que la tempête de vent s’arrête. Après un coup de vent, il nous faut généralement un jour de repos avant de nous remettre en route(…) tellement le vent siffle fort dans les haubans et le bastingage (câbles métalliques qui tiennent le mat de part et d’autre de chaque côté du bateau) qu’il est impossible de fermer l’oeil dans ce brouhaha constant. Et souvent la tempête sévit la nuit! Enfin ici il n’y a plus de nuit noire mais nous gardons le même rythme de vie et de sommeil qu’en Europe. De plus, ajoutons au scénario des gros glaçons qui se font emporter par le vent, dérivent et viennent taper contre la coque à toute allure, bref ce n’est pas une partie de plaisir même si à chaque instant tu essaies de te rassurer en te disant que ton bateau va bien encaisser et qu’il est robuste et bien amarré et que ce n’est que du bruit et rien d’autre. N’empêche que chaque collision nous fait sursauter.

Bref, quand le vent s’arrête tout devient alors silence et à ce moment tu peux dormir profondément! 

29 décembre 2024 :

Nous nous sommes donc remis en route le lendemain de la tempête en direction des îles Argentines quelques milles plus au sud où est située la base de recherche Ukrainienne de Vernadsky (65°14’S – 64°16’W). Une navigation tranquille au moteur le long de l’île Hovgaard puis, passé l’île de Petermann, nous avons commencé à slalomer entre les icebergs et à chercher une entrée libre de glace pour accéder à l’intérieur du petit archipel des îles Argentines. On se rend compte qu’il y a encore trop de glace. Sommes-nous trop tôt dans la saison? 

La banquise occupe encore tout l’intérieur des canaux où sont situés les mouillages pour amarrer le bateau et le protéger des vents. Après des zigzags interminables entre icebergs et growlers, on entre finalement dans un des bras proche des maisons de la base où on croise notre premier léopard de mer confortablement allongé sur un bout d’iceberg. Malheureusement impossible de photographier la bête tant nos yeux sont occupés à trouver une issue de passage dans tout ce dédale de glace. Après un tour des îles par le sud, on décide de revenir sur nos pas et de se faufiler dans une crique vite aperçue à l’aller et qui est encore libre de glace, enfin pour le moment, et de piocher l’ancre pour y passer la nuit. 

On amarre vite fait deux haussières à terre pour maintenir le bateau dans l’axe et voilà que la petite baie se retrouve inondée de glaces en quelques minutes. Bon, ce n’est pas grave car il n’y a pas de vent fort annoncé pour la nuit. La glace ne risque pas de taper trop fort contre la coque! 

Au réveil nous changeons de coin et nous rejoignons une minuscule baie sans glace un peu plus au nord de la station et que nous repérons grâce au vol de drone effectué quelques heures plus tôt. 

Ici Metani est en totale sécurité dans un bassin de 4m d’eau tant que le vent ne change pas d’angle et permet aussi de maintenir la glace hors de la baie! 

Nous en profitons pour aller rendre visiter aux ukrainiens en dingy.

Nazar le cuisinier nous accueille sur le ponton et nous emmène faire le tour du propriétaire. Ils sont 14 personnes au total à permuter chaque année.

En fait cette base appartenait aux anglais depuis 1947. L’Ukraine a repris en charge la base en février 1996 pour une somme symbolique, en échange de la continuité du programme de recherche scientifique de météorologie, de l’atmosphère terrestre, du champ magnétique terrestre, de l’ozone, de sismologie, de glaciologie, d’écologie, de biologie et de recherche de physiologie.

Il y a un cabinet dentaire presque flambant neuf, un bar à l’étage avec une jolie table de billard où nous dégustons un alcool fait maison à base de levure et de sucre, ça ressemble à de la vodka mais c’est justement interdit de le mentionner ! N’oublions pas qu’ils sont encore en guerre contre les Russes. Et puis il y a un sauna situé dans la petite baraque noire au bord de l’eau bien gardée par les manchots papous. Nous y sommes invités pour passer le dernier jour de l’année à cuire comme des poulets à coup de 10 minutes à 92 degrés ! A chaque fois on s’encourage à plonger dans la mer mais une fois arrivés tout en bas de l’escalier en maillot de bain, le mauvais temps qui sévit nous a déjà bien refroidi et nous nous empressons de retourner dans le four! 

3 janvier 2025:

Quelques jours plus tard nous apprenons par les fichiers météo des glaces que la voie est libre sur 80 km au sud. Le temps est magnifique alors nous nous remettons en route pour tout d’abord faire un repérage de ski. Nous aimerions pouvoir skier le mont Demaria et le mont Mill. Deux sommets qui se situent sur la péninsule juste à l’est de la base Vernadsky. Avec Metani, on longe de près la côte pour espérer trouver un coin protégé pour s’amarrer. Malheureusement à notre grand désarroi, il est impossible de laisser Metani à l’ancre sans surveillance dans les alentours des sommets. Il n’y a aucune baie abritée et notre minuscule dingy n’est pas assez rapide et sécurisé pour relier les 4MN qui sépare les îles argentines et le cap Tuxen. Bref on laisse tomber. On ne peut que rêver d’une descente à ski imaginaire et admirer les sommets des montagnes depuis en bas. 

On continue alors notre route au sud en espérant trouver une autre montagne à skier loin des regards de la foule des ferries de croisière qui n’arrêtent pas de circuler dans cette région. 

Nous rejoignons en fin de journée ou plutôt vers 22h les îles Lippmann (65°30’S – 64°25’W). A 16 MN au sud. Et là encore trop de glace encombre le seul mouillage possible. 

Nous essayons quand même de rentrer dans une passe étroite et peu profonde, moment intense et un peu effrayant, car la vague nous pousse à l’intérieur où nous nous faufilons de justesse à travers plein de gros glaçons pour nous retrouver finalement coincé contre la banquise qui elle ne bouge pas d’un millimètre et sert plutôt de refuge pour toute une bande de phoques de Weddell

On pourrait techniquement rester là et passer la nuit mais sans fermer l’oeil. On fait le point de la situation dans le carré au chaud en mangeant une bonne tranche de gâteau au chocolat pour se donner un peu de réconfort et de motivation.

On réalise aussi que les fonds des réservoirs d’eau douce à même la coque ont complètement gelé sur environ 10cm! C’est pas très bon pour la tuyauterie tout ça!

Quelques minutes plus tard après avoir renoncé à rester dans ce mouillage bien trop embarrassé, une grosse neige commence à tomber et un phoque s’est glissé sur un glaçon à côté de notre jupe pour s’en doute nous observer de plus près. Ou peut être qu’il souhaitait aussi avoir sa part de gâteau au chocolat? 

Nous enfilons nos masques de ski pour y voir plus clair et ressortons tant bien que mal de ce trou à phoque. 

Après mûre réflexion nous décidons que nous n’irons pas plus bas. Nous sommes trop tôt dans la saison il y a encore trop de glace à notre goût et de banquise à pousser pour nous permettre avec notre petit bateau et notre équipage réduit d’accéder aux endroits indiqués comme « mouillage » et par conséquent prendre du plaisir à se faire coincer par la glace! 

Dès lors, nous remontons à Vernadsky sous une tempête de neige et sur une mer houleuse remplie de baleines à bosse. Malgré leur grâce et leur effet surprenant de toute beauté, elles sont effrayantes! Elles surgissent à quelques mètres du bateau comme des fantômes sans prévenir. On essaie de les éviter et de manœuvrer dans le sens inverse de leur trajectoire mais elles sont partout et imprévisibles dans ce brouillard dense et enneigé. 

Heureusement aucune touchette n’est à déplorer! Et nous regagnons tant bien que mal au milieu de la nuit la petite baie en face de la station Vernadsky pour nous remettre de nos émotions.

4 janvier 2025 :

Nous retournons à un de nos mouillages préférés au nord de l’île Hovgaard (65°06’S – 64°04’W) pour refaire une belle rando à ski sous un grand soleil! 

La vue sur l’île de Booth et le Mont Scott est grandiose. On pique-nique en haut face à cette mer de glace avant de redescendre.

6 janvier 2025 :

Nous profitons du beau temps pour naviguer à travers le canal Lemaire en direction de Port Lockroy. Il y a beaucoup moins de glace qu’à l’aller et nous assistons à notre premier coucher de soleil Antarctique. Coloré de rouge, violet, rose, orange et bleu. Il est d’une beauté spectaculaire. En effet, les jours raccourcissent très lentement et le soleil disparaît derrière l’horizon de plus en plus longtemps laissant apparaître des nouvelles couleurs dans le ciel.

Nous retrouvons la base de Port Lockroy et cette fois nous nous amarrons dans la baie d’Alice Creek (64°49’S – 63°29’W) libre de banquise!

Les oeufs des Papous ont éclos, il y a plein de bébés qui piaillent pour recevoir de la nourriture.

Cette fois nous sommes ancrés tellement près du bord avec Metani que nous pouvons observer la vie des manchots depuis le bateau. 

Le tour de manège des bateaux de croisière est incessant mais cela ne nous dérange pas plus que ça car notre intérêt à nous est de gravir le mont Jabet pour une ultime descente à ski et de ce côté-là les touristes n’y sont pas!

Il fait chaud même trop chaud pour la neige de l’Antarctique. On sent que la fin de la saison est proche et c’est peut être déjà trop tard pour skier. Les glaciers transpirent, la neige est lourde et très mouillée. On redouble d’attention pour ne pas tomber dans une crevasse. 

Au sommet comme toujours la vue est à couper le souffle. Le temps de manger une barre de céréales au soleil et de retirer les peaux de phoque que nous dévalons la pente à toute allure. Nous sommes au paradis dommage que ça ne dure pas éternellement. De retour sur le bateau le ciel s’est couvert et on dirait que le mauvais temps approche. C’est pas grave nous sommes au chaud dans notre refuge, dans notre maison! 

9 Janvier 2025 :

Nous quittons cette jolie baie de port Lockroy et nos papous chéris pour rejoindre Paradise Harbour encore à la recherche de sommets à gravir et de pentes à skier. 

Le temps est splendide. Il n’ y a pas un souffle de vent. Nous cabotons sur une mer d’huile et slalomons entre les centaines d’icebergs qui se reflètent sur l’eau. Une horde de papous nous accompagne en nageant et sautant comme des dauphins derrière la jupe du bateau. 

Paradise Harbour (64°49′S – 62°52′W) est une large baie située derrière l’île Lemaire et l’île Bryde , qui découpe la côte ouest de la Terre de Graham. Et cette baie porte bien son nom car le paysage est paradisiaque. Surtout quand le temps est calme et que le soleil brille, le décors est d’une beauté exceptionnelle. 

Nous ancrons dans la baie de Skontorp (64°54’S – 62°52’W) située à la tête de Paradise Harbour juste derrière la base argentine Brown. Elle est impressionnante car son entrée est peu profonde et elle est entourée de hautes falaises de glace prêtes à s’effondrer. Il y a un autre voilier : le Jonathan déjà à l’ancre. Comme il est tard nous ne les dérangeons pas et faisons la manœuvre en toute discrétion. 

Au réveil ils sont déjà repartis. 

Nous restons un jour de plus le temps que la pluie et le vent du nord s’arrête.

Le lendemain nous optons pour un autre mouillage un peu plus au nord de Paradise Harbour dans Leither Cove, ici aussi le mouillage est exceptionnel car nous sommes juste en dessous d’une falaise de glace, mouillé dans un étroit canal bordé  par une petite île qui abrite toute une colonie de Stern en pleine nidification. 

Le vent est complètement tombé ce soir ce qui nous laisse entendre les souffles incessants des baleines. 

On ne perd pas une minute on saute dans notre minuscule dingy en route pour aller à l’encontre des reines de l’Antarctique. 

En maintenant une certaine distance de sécurité quand même… Elles sont là toutes autour de nous à se goinfrer de krill, elles sont par petits groupe de deux, trois, quatre, partout. Quel spectacle !! Avec en prime un soleil qui baisse sur l’horizon, laissant une magnifique lumière dorée sur l’eau et les iceberg environnants. Il est difficile de trouver les mots justes pour décrire ce que nous ressentons. Il y a trop d’émotions ! C’est juste sublime! 

12 Janvier 2025 :

L’exploration de Paradise Harbour se poursuit. Nous ancrons dans la caleta Gloria (64°49’S – 62°51’W) juste à côté de la base de recherche chilienne de Videla. Ici nous sommes littéralement au coeur de la colonie de manchots papous. Nous sommes ancrés dans leur bassin de natation! C’est incroyable d’être si proche de leurs faits et gestes. Nous sommes en admiration totale. 

Après une très agréable rencontre avec les chiliens qui tiennent la base et l’envoi de vraies cartes postales depuis leur office, nous chaussons nos skis et nos peaux de phoques et gravissons le Mont Hoegh. Woaaoo est le mot de toute la montée… Et tellement c’est beau et magnifique qu’une fois la descente terminée, nous remontons une deuxième fois illico presto.  

16 janvier 2025 :

En route pour Cuverville, nous apercevons notre premier rorqual de Minke. Assez discret, il est difficile de le photographier. A Cuverville (64°41’S – 62°37’W) nous visitons encore une autre colonie de manchots papous. Mais celle-ci est immense. Nous rencontrons deux autres voiliers Tanana et Ursa. 

Le mouillage n’est pas top car il y a pas mal de glaces qui transitent dans la baie. Et à chaque marée, elles changent de direction et reviennent taper contre la coque de Metani. Bref à l’aide de notre genois seul.ne s’éternise pas et continuons notre remontée vers le nord tranquillement.

Nous croisons une colonie de manchots à Jugulaire qui niche sur les hauteurs de la péninsule Arctowski. Des vrais alpinistes ces manchots-là ! 

Passé le cap Nunatak Negro, un vent de sud-ouest commence à souffler et nous permet de zigzaguer à l’aide de notre génois seul dans le détroit de Gerlache complètement envahi de glace.  

18 janvier 2025 :

Nous nous amarrons sur l’épave du Governoren (64°32’S – 61°60’W) au sud-est de l’île Entreprise. Ursa nous rejoint et s’amarre de l’autre côté de l’épave. 

Le lendemain matin, nous prenons notre premier petit déjeuner dehors dans le cockpit sous un soleil radieux! Et sommes photographiés par les centaines de touristes qui débarquent en kayak ou à bord de gros dingy. On ne peut même pas déjeuner en paix! 

21 Janvier 2025 :

Nous rejoignons les petites îles Hydrurga Rock peuplées de colonie de manchots à Jugulaire

C’est un mouillage sans glace enfin presque. Juste un petit growler à la dérive nous passe a côté du bateau le lendemain matin.

23 janvier 2025 :

Nous rentrons dans la baie de Mikkelsen (63°54’S – 60°48’W) au sud de l’île de Trinity où nous cherchons désespérément un endroit pour piocher notre ancre. Il y a des rafales de plus de 30 noeuds qui dévallent du glacier et nous font déraper. Le fond n’accroche pas. 

C’est alors que juste avant la sortie de la baie sur la droite, nous trouvons une zone à 14 m de profondeur régulière sur un rayon de 50m. On pioche et ça tient!  Ouf car on était sur le point de retourner au cap Herschel.. quelques heures et milles plus bas.

Ici on en profite pour faire le plein d’eau douce sous les falaises de glace. Un moment un peu tendu mais sans accident. Le plus risqué étant de positionner le jerrican sous un robinet ensuite on s’écarte de la falaise en attendant que ça se remplisse et on va vite le rechercher quand il est plein. Après 3 aller-retour les réservoirs de Metani sont pleins à ras bord! 

24 janvier 2025 :

Nous faisons une dernière ascension à ski. Arrivé sur l’épaule du glacier à 200m de haut un brouillard dense nous enveloppe. Nous nous arrêtons et attendons qu’il se dissipe pour continuer la randonnée. Quelques minutes plus tard, la voie est libre et 50 mètres plus haut voilà que Robin tombe dans une crevasse. Heureusement il se retient avec ses bras de part et d’autre du pan de neige pour ne pas glisser plus bas et moi je le retiens à l’aide de notre corde. Il se hisse comme un phoque hors de la crevasse! Ouf c’était chaud patate! On décide de redescendre encordés et de ranger les skis à la cave! Ça devient trop dangereux ! Dans l’après-midi, un nouveau bateau de croisière fait son entrée dans la baie, c’est le Ponant. Pendant que Robin s’affaire à l’avant du bateau la tête dans le puit de chaîne pour démonter le guindeau, un gars s’approche en zodiac de Metani. 

Incroyable c’est Hugo rencontré deux ans plus tôt aux Marquises sur son petit voilier. 

On l’invite à bord pour boire un café. Mais avant Il doit terminer un tour de repérage pour le Ponant. Il nous demande vite fait si on a besoin de quelque chose? Et Robin lui lance :

-Oui, si t’as deux trois légumes sous la main ça serait sympa! 

Hugo revient deux heures plus tard chargé d’une énorme caisse remplie de légumes en tout genre!! Le rêve ! 

Le temps de boire vite fait un café et de se remémorer le bon temps en Polynésie qu’il doit repartir travailler !  Comme le monde est petit..

25 janvier 2025 :

Nous quittons la péninsule de l’Antarctique en direction de l’île de la Déception située à une soixantaine de mille plus au nord en admirant une dernière fois cet immensité glacière qui recouvre la terre de Graham. Quel spectacle grandiose ! Peut être un jour nous reviendrons un petit peu plus nombreux à bord de Metani afin de pouvoir gérer cette glace plus facilement et de pouvoir skier tous les sommets environnants.

DCIM\100MEDIA\DJI_0011.JPG