La traversée du  Golf de Gascogne

Dimanche 24 septembre: Yann et Gwendoline sont repartis en direction de Bordeaux pour rentrer en Suisse. Il est temps pour nous aussi de reprendre la mer.
La veille au soir de notre départ pour l’Espagne, nous avons l’ultime visite de notre voisin de ponton Klaus. Un vieil allemand sans dents de devant et actuellement « sbf » : sans bateau fixe.   Car son capitaine et propriétaire est reparti en Allemagne en laissant son bateau hors de l’eau. Malgré son aspect sdf, il est très instruit et sa vie se résume à vivre l’épreuve de Koh-Lanta tous les jours.
Alors que nous nous apprêtons à préparer des plats cuisinés pour les 2 prochains jours de traversée et préparer le bateau, Klaus étale sur le ponton toutes ses potions magiques faites maison pour survivre lors de nos futures traversées. Il est 22h quand il termine d’écrire les recettes à la lueur du lampadaire du ponton. Un peu mal à l’aise de refuser ses potions de levure, j’embarque les deux sacs en plastique à bord du bateau malgré le désenchantement de Robin.
Le soleil tout juste levé, Il est 8h quand nous quittons le port de St Denis d’Oleron.
Robin me fait remarquer que ce foutu Klaus nous a rapporté nos poubelles à bord! Ça empeste la mort! Nous emballons donc hermétiquement les deux sacs et les laissons dehors dans le cockpit! Aie je m’en veux de ne pas les avoir jetés pendant qu’on faisait le plein de gazoil.
Côté météo, Il y a une grosse houle là-dehors et le vent est quasi nul! Quelle idée de prendre la mer alors qu’il y a enfin des conditions magiques pour une session de surf à côté du port?
Nous mettons le cap sur Gijon à 300 miles de là.. À peine terminé notre repas de midi, une bonne salade de pommes de terre faite maison, je me dépêche de m’allonger car je sens que le mal de mer est palpable. Décidément rester une semaine à terre avant de reprendre la mer, ne me convient pas du tout! La mauvaise réputation du Golfe de Gascogne n’est pas volée. Les creux de houle de 4 mètres ont un effet dévastateur sur mon estomac!
Je supplie Robin de faire demi tour ou de changer notre allure à défaut de  quoi, je vais passer par-dessus bord.
Il me rassure comme il peut et change notre cap pour permettre une allure un peu plus confortable.
Il enclenche rapidement Gustave notre pilote automatique. Grâce à un bon ensoleillement les panneaux solaires compensent aisément son fonctionnement. Et permet surtout à Robin de se reposer pour être d’attaque à tenir la barre toute la nuit.
Les conditions de mer plus agréables je me rétablis plus rapidement que prévu et relaye mon beau capitaine fatigué une petite heure au milieu de la nuit. Quel soulagement de me sentir mieux!

Un peu avant notre arrivée sur la côte nord de l’Espagne, nous loupons de justesse une belle bonite qui se décroche de l’hameçon au contact de la coque! Suivi d’une détonation subite provenant d’un de ces foutus sacs de cet allemand dégénéré. L’odeur qui l’accompagne est pestinentielle ! Il s’agit d’une fermentation made in Klaus dans des pots hermétiques qui après une augmentation de température a fait jaillir son couvercle. Imaginez l’effet que ce mélange aurait produit dans notre estomac!?

Nous arrivons finalement à Santoña après 1 jour et demi de navigation. Il nous reste 100 miles pour rallier Gijon, notre destination initiale. Ce sera à saut de puce que nous y parviendrons.
Que c’est bon de poser le pied à terre et de jeter ces foutus sacs à la poubelle!!

Nous partons nous dégourdir les jambes au centre de cette petite ville où se retrouve toute la smala locale. Il y a un air de gaieté, de farniente, de bonne humeur. Ca parle fort! Quel superbe contraste avec les pays du nord beaucoup plus discrets et timides. Ici les habitants osent vous regarder droit dans les yeux sans gêne. Il fait enfin beau et chaud! Bref on adore!

Avec ses plages de rêve pour surfer, toute la côte nord de l’Espagne est aussi très montagneuse. Cela  nous pousse à checker les sites de vol pour admirer de haut cette magnifique région. Malheureusement la météo se gâte et nous décidons de poursuivre notre route au moteur .. qui d’ailleurs nous fait des siennes avec une fuite d’huile dont on ignore encore la provenance après avoir changer le filtre et remis des joints sur la sonde de température de l’huile. Vivement
qu’on se pose quelques jours pour profiter de faire autre chose que de naviguer et bricoler sur Morgane.

C’est après 11 jours de navigation à sauts de 30 miles quotidiens et escales dans les rias que nous rejoignons la Corogne pointe nord ouest de la Galice. C’est samedi soir, on entend de la musique depuis le ponton.. c’est enfin l’occasion de sortir déguster des tapas !
Ici pas besoin de se presser pour manger avant 21h. D’ailleurs la cuisine n’ouvre pas avant 20:30!
Ça grouille de monde. Tous les âges sont de sortie. À chaque plaza son concert et ses petits stands à friandise, biscuit et churros.
C’est à 23h que nous trouvons enfin une table de libre dans un petit resto bien typique où pendent barrique de vin et jambons secs, pour déguster le pulpo con colchere! C’est delicieux !
Le lendemain matin nous profitons des bonnes conditions météo (annoncées par Weather4D) pour continuer notre route en direction du cap Finistère. Je m’empresse de photographier la tour d’Hercule depuis le bateau. C’est le dernier phare romain encore en activité au monde !
Nous mouillons dans une baie à 47 miles de la Corogne après 9h de navigation. Enfin au calme, et seuls au monde, nous contemplons le coucher du soleil en sirotant une bonne bière fraîche.
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