Melchior était l’endroit idéal pour atterrir en péninsule Antarctique.
Ce petit archipel d’îles situé entre l’île Brabant et l’île Anvers bénéficie d’un certain micro climat sans trop de vent, enfin quand il y a baston au large ou du côté de Brabant ici dans notre petite baie bien abritée ,on sent a peine une légère brise. Ce qui impressionne ici c’est plutôt les falaises de glaces perchées à plus de 150m de hauteur qui longent le canal alphabet dans lequel nous sommes ancrés et qui nous bouchent la vue à 100 m juste devant l’étrave du bateau. Si le bloc tombe c’est fini pour nous!
Une bonne manière de rentrer en matière avec la glace. On fait connaissance et on fait tout pour bien s’entendre car la glace est devenue notre univers quotidien pour les prochains mois.
Elle nous accompagne, nous bouche le passage, nous domine, nous réveille la nuit quand un growler (petit glaçon) vient heurter la coque du bateau par exemple. Alors sans trop la brutaliser, juste en la poussant du bout du bâton ou plutôt du long tronc d’arbre que Fredo nous a généreurement coupé en Patagonie, Robin l’oriente afin qu’elle poursuive son chemin libre d’obstacle!
Bref la glace nous la respectons,nous l’admirons, nous la photographions sous tous ses angles et dans toutes ses formes, nous la vénérons car elle nous permet de pratiquer une de nos passion favorite : le ski! Avec en prime elle rafraîchit nos cocktails et nous rempli les réservoirs d’eau!
Melchior nous a surtout permis de bien nous reposer et de nous mettre en jambe! De tester notre matériel de ski de rando avec tout le bordel que nous trimballons à la ceinture et qui nous sert de sécurité au cas où l’un de nous deux venait à tomber dans une crevasse!
Nous avons atteint en peaux de phoque le point culminant de l’archipel situé à 200m et où nous avons dégusté notre délicieuse salade de fruits frais avec une vue à 360 degrés sur un panorama hors norme!
C’est du infiniment beau blanc et gigantesque. Melchior, c’est riquiqui face aux cathédrales de montagne qui nous attendent plus au sud. Les sommets culminent à plus de 2000m droit au dessus de l’eau et sont recouverts de congères énormes, le tout enrobé de glaciers aux crevasses profondes qui vêlent des monstres d’icebergs.
Ces icebergs que nous apercevons devant la terre de Graham sont plus grands que juste une simple maison, c’est tout un quartier voire même un lieu-dit. Ils dérivent au gré du courant et du vent. Bref le décor est irréel, il faut plusieurs clignements des yeux pour se dire que nous sommes bien là. Nous ne rêvons pas !
Le 18 décembre : après 7 jours au calme, nous levons le camp!
Salut les phoques de Weddell et les océanites ( sorte de Pétrel) de Wilson. Il est temps pour nous de descendre un peu plus au Sud, d’aller explorer d’autres sommets un peu plus hauts et plus pentus.
A peine sorti de notre bien aimé canal alphabet qu’un vent frais du Sud nous fouette le visage! Nous tirons nos premiers bords sur Metani au près serré dans 20 noeuds de vent raffaleux ici même en Antarctique. C’est pas beau ça?! C’est glacial! Le vent n’est pas si fort mais il est glacial! Heureusement le soleil nous accompagne et réchauffe le cockpit à l’abri du vent!
Au passage du sud de l’île Brabant, nous rentrons dans le détroit de Gerlache ; le vent tourne au Nord et faiblit mais il nous porte jusqu’au canal Neumayer.
Ce qui rend la navigation beaucoup plus agréable en terme de chaleur.
En chemin nous rencontrons des orques : ils sont une dizaine à tourner autour du bateau tout en gardant une très grande distance!
Puis une immense baleine à bosse (…) passe juste à coté du bateau! On a du bol, on ne l’a juste pas touchée !
Le vent forcit dans le canal Neumayer. Des baffes à plus de 40 noeuds nous fouettent par derrière. On attend une micro accalmie pour virer face au vent et descendre la grand voile avant de tout arracher !
Et puis on tourne à gauche pour s’enfiler dans le Port Lockroy et piocher notre ancre près d’Alice Creek. Malheureusement il y a encore du pack de glace accroché au rivage ce qui nous empêche de nous amarrer à la Patagonienne entre deux rochers.
Alors on mouille l’ancre dans 15 m d’eau face au mont Jabet. Et ça fait scroutch scroutch toute la nuit .. la chaîne frotte sur un caillou sûrement! On est de toute façon trop fatigués pour trouver un meilleur spot. Il est 23h : il est temps d’aller dormir! On est même obligé de tirer les rideaux du carré tellement (…) il fait jour!
Le lendemain, les yeux un peu cernés après une nuit de bruit de la chaîne d’ancre puis les chocs des glaçons contre la coque, nous attendons que la voie se libère des va et vient des cruise ships pour aller à notre tour visiter cette ancienne base militaire britannique de port Lockroy avec sa colonie de manchots Papous et sa boutique de cadeaux-souvenirs.
Nous sommes reçus par deux sympathiques jeunes anglaises qui nous racontent comment elles ont été embauchées pour passer l’été austral (3 mois) ici à Lockroy. En effet pas besoin d’être biologiste ou scientifique au contraire il faut avoir un bon sens de l’hospitalité ! Après de cordiales salutations nous rentrons sur notre Metani avec sous le bras une carte papier au 1:4 000 0000 de la Péninsule Antarctique.
En attendant que le vent se calme, on mitraille les papous avec le gros zoom 100/400 de Canon que papa et ma soeur nous ont légué. L’éclosion de leur futur progéniture est proche. On guette! Ici heureusement la grippe aviaire n’a pas sévi. Rien que sur l’île Goudier où se situe la base (200 m de long x 120 m de large), la population de 1000 individus est restée stable et les 930 oeufs recensés devraient voir le jour tout soudain!
Le 20 décembre, petit bircher pour le petit dej et hop tout le matos de ski est embarqué dans le dingy. Il fait tempête de ciel bleu et grand soleil sans un souffle d’air, des conditions de rêve pour monter en peaux jusqu’ au sommet du Jabet !
Woaaoo quelle vue! Perché sur un rocher dégagé de neige nous dégustons notre mini barre de céréales face aux géants blancs. A droite nous apercevons le mont Français, qui ressemble au Mont Blanc. de l’autre côté une chaîne de montagnes qui ressemble à des aiguilles . .
C’est grandiose!
Et la descente est tout aussi grandiose. On taille des courbes dans une neige de printemps avec la vue plongeante sur Metani er l’océan. Bref nous sommes au paradis!
Il fait tellement beau qu’on se prend un coup de soleil sous le nez, dans les narines carrément ! Ici si on oublie de se crémer à la 50 + ne serait-ce qu’une partie de notre peau exposée à la lumière et bien trop tard, c’est rôti !!
Cette première vrai rando de 600 m d’altitude nous sert de leçon en ce qui concerne la protection solaire! Et pourtant on était avertis…
Le 21 décembre on relève l’ancre direction le sud.
Pour fêter le solstice de l’été austral, on s’offre une navigation dans le canal Lemaire. Étroit et surplombé de sommets vertigineux à 1000 m de part et d’autre, il est surtout bien encombré de growler et d’icebergs.
Il nous aura fallu quelques heures et beaucoup de zigzags pour atteindre la sortie et rejoindre un joli mouillage improvisé dans une micro baie au nord de l’île Hovgaard protégée par une barrière naturelle d’icebergs.
Depuis ma petite cascade en parapente à Puerto Williams une semaine avant le départ, je ne peux encore pas tirer sur un bout ou une haussière, le bas de mon dos est encore très endolori. C’est donc Robin qui doit faire tout le travail. A peine qu’il touche terre et cherche un bon gros caillou pour l’encercler d’un câble en acier ou d’un bout de chaine pour ensuite y attacher nos amarres, qu’un manchot papou sort de l’eau et se dandine pour le rejoindre et inspecter le travail. Comme ils sont tellement curieux et adorables ces papous, on ne se lasse pas de les observer !
Le 22 décembre le ciel s’est couvert mais reste sec. Nous en profitons pour grimper en peaux jusqu’au sommet de l’île Hovgaard situé à 350 m.
La montée est rapide. La vue est splendide sur une mer truffée d’icebergs. Depuis le sommet, on aperçoit le mont Scott, le Mont Shackleton et les îles Argentine où est situé la base ukrainienne de Vernadsky.
On ne s’attarde pas longtemps au sommet car le vent commence à bien souffler et on s’inquiète un peu pour Metani. Alors on descend tout schuss sur un vrai billard !
De retour sur le bateau, on se pose la question quotidienne : où va-t-on se planquer pour le prochain coup de vent du NE ?
Vernadsky? Ou on reste ici? Où on bouge juste de l’autre côté de l’île pour atteindre ce petit canal bien protégé?
Le vent est maintenant complètement tombé. Cela nous laisse le temps de réfléchir et d’agir. Robin envoie le drone pour constater que le passage entre l’ile Booth et Pleneau est encore bien encombré de gros blocs de glace et donc inaccessible même avec notre petit voilier.
L’idée de contourner l’île Hovgaard par le sud ne nous enchante pas vraiment. Et puis on réalise que ce n’est pas si mal où nous sommes. En modifiant légèrement l’angle du bateau pour moins subir le vent fort annoncé. On tisse notre toile d’araignée à coups de 6 haussières attachées à terre plus notre ancre.
En plus d’être à raz le bord dans 3 m d’eau une magnifique digue naturelle formée d’icebergs nous protège de la vague.
Ça sent Noël dans le coin !
Le 24 décembre : Finalement après une nuit de quart à lui tout seul, Robin n’a pas arrêté de se battre avec les growlers et de tirer sur les amarres pour modifier l’angle du bateau pour qu’il reste au maximum face au vent. Le bateau est maintenant dans 1m80 d’eau et nous sommes envahis de glaces. Il est dangereux de rester ici plus longtemps. Il faut changer d’abri pour le prochain coup de vent qui devrait être deux fois plus fort!
Ouf la météo dit juste et nous laisse 24h de repit pour changer de spot. Nous parvenons à nous défaire de notre toile d’araignée et de sortir de toute cette glace accumulée sans trop de mal. La voie entre les iles de Booth et Pleneau est maintenant libre de glace, nous contournons ce petit archipel pour atteindre le petit canal situé entre l’ile Florence et le nord de l’île Hovgaard libre de toute glace! Ici nous serons en parfaite sécurité aucun iceberg ni gros growler ne peut transiter par là! Robin est reparti tisser la toile d’araignée de Metani pendant que je prépare un petit apéro et la fondue au fromage pour notre repas de Noël.
La Tempête peut maintenant arriver nous ne bougerons pas d’un poil! Bon réveillon à tous!
