1er février 2026

Dans 4 jours, nous hisserons les voiles en direction de la Polynésie française. C’est le dernier moment pour remplir les coffres du bateau de légumes frais et de fruits. Donc hier je suis allée au marché de la Serena. J’aime les marchés, j’aime les odeurs qui émanent des stands, j’aime l’ambiance qui y règne, j’aime voir toutes ces différentes couleurs bien arrangées, j’aime entendre les gens discuter, bref je pourrais rester assise au milieu du marché des heures durant juste pour regarder, apprécier, sentir ce magnifique basilic fraîchement coupé me passer sous les narines. D’ailleurs j’en ai acheté un petit buisson pour en faire du pesto que j’ai ensuite congelé. Ainsi que cet ail qui sent divinement, ces belles courgettes, ces aubergines, ces poivrons multicolores et ces tomates charnues que j’ai cuisinés façon ratatouille et mis en conserve dans 8 bocaux. Tous ces bons légumes, nous les mangerons une fois arrivés en Polynésie en nous rappelant ces magnifiques marchés chiliens.

Le départ se confirme ..

Toute la délégation des autorités portuaires, immigration et douane était à l’heure pour monter à bord de Metani cet après-midi afin  de s’assurer que nous étions prêts à prendre le large mais surtout tamponner nos passports et signer notre fameux « zarpe ». Même la douane a donné son accord sans même descendre dans le carré et ouvrir un placard! Ouf ! Car elle aurait pris peur de voir toute cette nourriture et ces boissons que nous emportons pour nos prochains mois de voyage. En fait, on aurait très bien pu faire toute cette paperasserie à terre. Mais je pense qu’ils étaient tous très intrigués de voir notre voilier. Et sous l’émotion quand ils ont appris que nous allions partager ce petit espace pendant les 30 prochains jours sans voir la terre!! Enfin peut être que nous arriverons à faire escale à l’île de Pâques ?

En attendant, nous sommes tristes de quitter ce fabuleux Chili!… Tristes de quitter des amis en or! Tristes de dire au revoir..

Jour 1:

C’est parti !

Il est 9:00 quand nous larguons la bouée de la marina. La mer est d’huile et le soleil déjà à mi-hauteur nous chauffe la nuque. Au moteur, nous sortons de la baie de la Herradura. Dehors c’est aussi le calme plat. Une mini houle bien espacée arrive du sud. La grand voile est hissée pour stabiliser le bateau et il n’ y a plus qu’à attendre que le vent se lève.. cap au 270 !

On profite de faire tourner le dessalinisateur pendant qu’on est au moteur. On s’amarine tranquillement dans ces conditions de rêve!

Déjà à quelques milles de la côte, on touche un léger 7 noeuds de vent du sud-ouest, le génois est déroulé. Comme c’est prévu que ça souffle de plus en plus fort, on prendra un cap légèrement plus nord pour optimiser la gîte du bateau. Mais le but est de sortir de la zone côtière et du trafic maritime le plus rapidement possible en s’éloignant de la côte. Ensuite, les 4 jours suivants, on fera une sorte de banane au nord-ouest pour rester dans des vents constants qui nous poussent à l’ouest.

La cordillère des Andes s’agrandit, de plus en plus nous dévoilant ses vallées aux teintes bleutées superposées.

Jour 1 et 1/2

Il est 12:00 quand Robin éteint le moteur. Très vite il doit réduire la toile car le vent forcit et notre allure de travers à la vague m’envoie illico presto au lit.

Je ne pensais pas devoir prendre un anti-mal de mer dans ces jolies conditions. Malheureusement j’y serai obligée car cela va empirer pendant la nuit avec du vent plus fort à 25 noeuds et des vagues complètement désorganisées malmènant la stabilité du bateau. On se fait bien chahuter là-dedans!

Au petit matin, j’ouvre un œil, j’ai changé de lit. Je ne me rappelle plus comment !!! Me voilà dans le lit du carré et Robin est là, à côté sur la banquette tribord. Il dort. Il a veillé toute la nuit.

Je vais un peu mieux car ça bouge un peu moins fort dans le bateau!

Nous avons parcouru 138 MN en 24h ce qui fait à peu près du 6 noeuds de moyenne et notre cap n’est pas trop mal, on tient le 300 malgré cette vague et ce vent de travers..

Vivement que ça change d’angle!

Jour 2:

Je me demande si les moustiques ont eux aussi le mal de mer?

Car depuis qu’on est parti ils n’ont pas bronché. Aucun vol en vue ni de zzziii zzzziii dans les oreilles et pourtant je suis sûre qu’ils sont encore dans le bateau !

Mais ils doivent se planquer ou bien se blottir au plus bas  en fond de cale pour sentir le moins possible les mouvements du bateau.

Metani avance bien il galope sur un océan un petit peu mieux rangé. En abattant encore un peu ça devient plus sympa dans le carré mais encore difficile de se préparer une assiette .. alors on picore tout ce qui est à portée de main : des fruits, des bouts de cake à la banane, des crackers de maïs, des œufs durs ..

Jour 4

Décidément cette région du Pacifique est terriblement inconstante en terme de vent et de vagues surtout la nuit. L’anémomètre passait de 18 noeuds à 5 noeuds toutes les 20min. Un cauchemar. Robin est même descendu d’un étage et s’est installé un lit de camp en fond de cale pour espérer trouver le sommeil. Le bateau se faisait malmener, une vraie machine à laver.

Bref on espère que tout va rentrer dans l’ordre et qu’on pourra apprécier bientôt cette traversée!

La bonne nouvelle c’est qu’on avance quand même à 5,2 noeuds de moyenne. On a parcouru 520 MN … plus que 3063 MN (en ligne droite)!!

Ce matin, il fait gris dehors ; il y a comme des minis grains à l’horizon mais rien de méchant. les vagues ont entendu notre souhait et se sont bien rangées le temps que je puisse cuisiner enfin quelque chose de sympa: saucisses à rôtir, riz et salade!!

Jour 5

Encore une nuit harassante. Au lever du soleil, tu te demandes d’où vient ce mal de tête et ce torticolis? Comme si on avait trop fait la fête et dansé sur la tête! Et pourtant nous sommes sobres depuis le départ!

Nous buvons et apprécions notre eau du désalinisateur!! 

À nouveau des grains un peu plus méchants se sont enchaînés avec des changements de direction de vent de plus de 40 degrés. Bref on se serait cru dans un vrai pot au noir! Le bateau une vraie balançoire. Au petit matin, Robin était raide mort et moi je me suis réfugiée dans la chambre arrière planquée sous le cockpit calée entre, le plafond, les skis et le board bag de kite en espérant que mon corps arrête de bouger. Calée comme dans un sarcophage.

Mais rien à faire. Quand la vague nous arrive par le travers et le souffle du vent vient à manquer, Metani se dandine dans l’espoir de gagner des milles!

Heureusement, le vent est plus constant pendant la journée et nous permet de nous reposer. Après la sieste vient la lecture puis le grignotage puis la sieste ou la lecture  et on mange encore quelque chose et puis on recommence..

Il y a aussi des événements incontournables mais rares comme la douche de cette après-midi, dans le cockpit, à l’air encore un peu frais. Il était devenu urgent pour notre hygiène de nous défaire de notre sueur des nuits endiablées mais surtout pour remonter notre moral! Car rien de mieux qu’une bonne douche pour se requinquer et se sentir revitaliser!

Distance parcourue 700 MN

Menu du soir: pâtes à la bolognaise de Puerto Williams – Patagonie

Jour 6

À nouveau nous avons vécu une nuit très agitée. Cette fois il y avait trop de vent!

Ça nous a réveillé en sursaut. Pourtant tout avait bien commencé. Les vagues étaient plutôt bien rangées,pas trop grandes, Metani se dandinait mais sans trop nous malmener. On a trouvé le sommeil assez vite.

Et puis au milieu de la nuit, le vent a forci, le bateau faisait des embardées, sa coque vibrait sous l’écume des vagues qu’elle poussait. C’est ce vrombissement qui nous a sûrement réveillés! Robin était déjà dans le cockpit à prendre des ris pour réduire la toile. Metani a cavalé cette nuit là! On a rattrapé notre retard en augmentant notre moyenne de vitesse à 5,8 noeuds! Mais ça ne nous a pas reposé!

Après le petit déjeuner, on a décidé de tangonner le génois et mettre les voiles en ciseau ou comme des ailes de papillon pour trouver une certaine stabilité et oh merci ça a payé!! Metani ne se dandine plus aussi sèchement. Son mouvement est devenu beaucoup plus doux et agréable!

Nous rentrons enfin sur la route des Alizées!!

Par contre le vent est devenu timide, il s’est estompé! On a pas la météo annoncée.. ils sont passés où les 15 noeuds de vent??

On se traîne à 4,8 noeuds mais même à cette faible allure ça reste super agréable dans le bateau. Alors on prend notre mal en patience et on se dit que le vent va bientôt se réveiller.

Distance parcourue: 843 MN

Menu du soir: cochon de l’île Picton aux pommes et riz

Jour 8

J’ai l’impression que je me répète mais les nuits dans ce Pacifique ne sont décidément pas tranquilles!

Pourtant hier soir le ciel était d’un noir profond illuminé d’un million d’étoiles! C’était merveilleux! Pas de nuage de grains à l’horizon! Pas de changement de vent.. non franchement, on se disait qu’on allait dormir comme des bébés! Ça aurait été trop beau que ça dure toute la nuit.. à peine qu’on s’installait dans notre couchette que le bateau a recommencé à se dandiner dans tous les sens. Merci les vagues !

À part ça tout va bien! On lit des aventures et des histoires fabuleuses. On se repose, on s’imagine immobiles dans un lagon des îles Gambiers, on mange encore des bonnes salades.. on avance bien! Même si j’ai quand même du mal à réaliser qu’il faut encore attendre plus d’un vingtaine de jours avant de voir la terre!

Robin a capturé dans l’objectif une oceanite à ventre blanc un peu avant le coucher du soleil.

Elles se font rares, depuis quelques jours il est difficile de voir un oiseau voler près du bateau.. on réalise combien de kilomètres nous séparent de la terre, d’un rocher ou d’une île..

Jour 9

J’ai enfin bien dormi! La vague et le vent sont restés plus moins constants toute la nuit nous laissant enfin un peu de répit. 

Ce matin, après avoir pris notre petit déjeuner et bu mon premier café depuis notre départ, nous nous sommes perchés dans la descente du carré, abrités par le taud, nous étions là, comme des gamins à regarder le rideau de pluie nous rattraper!!

C’est un grand événement! Il pleut aujourd’hui !! Ça rince le bateau. Nous n’avons pas été très motivés à prendre notre douche au passage car le vent soufflait quand même fort. Nous avons réduit la toile juste à temps ! Heureusement le nuage n’était pas trop méchant.

Maintenant c’est le calme après la tempête .. il fait à nouveau chaud mais il n’y a déjà plus de pluie pour se doucher. Nous patienterons jusqu’à la prochaine occasion.

On est presque au tiers de notre parcours. 1120MN au compteur !

Jour 10

Ce matin, c’est pas la joie, le vent nous fait des sacrés caprices de changement d’angle et d’intensité. Il y a pas mal de nuages avec de la pluie ce qui n’arrange pas les choses.. donc pas facile la navigation nocturne.

On est en mode tactique aujourd’hui, le but est de faire route au nord pour aller chercher du vent. Car dès ce soir le vent sur notre cap au 270 s’estompe pour environ deux jours!

 À part ça on est au tiers de la traversée! On ne perd pas le moral! On a encore plein de de légumes et de fruits frais que nous nous empressons de manger avant qu’ils ne pourrissent dans la soute ou dans le hamac.

Il fait de plus en plus chaud. L’eau est à 26,5 degrés et l’air à 27! Il est temps de se balancer des seaux d’eau de mer pour se rafraîchir !! Et de prendre notre deuxième douche de la transpacifique.

On a aperçu des dauphins cet après-midi. Pas du tout intéressés par le bateau! Même pas un petit détour pour venir jouer à la proue de Metani, qui lui navigue travers à la vague, eux ils filaient tout droit poussés par le courant et les vagues en bondissant hors de l’eau. Ils s’en fichent du vent ! Comme ils ont de la chance!

Finalement, les vagues ont bien diminué à la fin de la journée. On a osé hisser notre code O! Le code 0 c’est une grande voile toute légère asymétrique. C’est la première fois qu’on navigue avec cette voile et quel bonheur!! On avance a plus de 5 noeuds dans moins de 10 noeuds de vent !! Ella a l’avantage aussi de stabiliser le bateau d’une telle douceur qu’on a l’impression de naviguer sur un lac tout plat! Magique!!

Juste avant le coucher du soleil on le redescend car de gros nuages d’orages se profilent à l’horizon et ça serait trop dangereux de le laisser à poste pendant la nuit.

Jour 11

Au réveil, on a retrouvé le pont de Metani et tout son bastingage étincelant, tout propre comme s’il était passé dans une auto laveuse! En effet on s’est pris une grosse rincée au milieu de la nuit!! Toute la poussière accumulée du désert d’Atacama depuis le mois d’octobre s’est retrouvée à ruisseler le long du rail de fargue jusqu’à la mer.

Moi j’ai rien entendu. Le bruit du moteur m’a fait m’évanouir dans un sommeil si profond que lorsque j’ai ouvert les yeux j’avais l’impression d’avoir enfin dormi plusieurs heures d’affilée ce qui ne m’était pas arrivé depuis notre départ!

Nous naviguons comme sur un lac aujourd’hui. C’est le calme plat! Mais une petite brise nous a encouragé à éteindre notre moteur et regonfler notre code 0 pour notre plus grand bonheur! On a aussi arrêté de faire route au nord car impossible de suivre un cap convenable, on se dirigeait sur les Galápagos !

Alors on a empanné pour reprendre notre trace qui nous mène tout droit sur les îles des Gambiers. Et franchement pour une journée sans vent je crois qu’on maintient notre vitesse moyenne de 5 noeuds!

C’est tellement calme dans le bateau que je me suis motivée à faire un gâteau avec les bananes qui commençaient à pourrir. Un petit délice !

Et ce soir nous mangeons à la table du cockpit! Ça devrait être comme ça  pendant toute la traversée .. le rêve!

Jour 12

C’est toujours le calme plat. Le moteur a ronronné une bonne partie de la nuit.

Ce matin, l’horizon est décoré de nuages gris foncés qui sèment des rideaux de pluie un peu partout autour de nous. Une légère brise s’est frayée un chemin à travers cette immensité grisâtre accompagnée d’un beau ciel bleu qui nous a permis de hisser les voiles et arrêter le moteur pendant quelques heures. Et puis les nuages ont repris le dessus et stoppé net tout souffle d’air. Alors on a affalé le code O et rallumé le moteur et mangé des quesadillas au jambon, fromage et guacamole!

On a traversé une flotte de pêcheurs sans même voir un seul bateau à l’horizon. On s’est demandé si ce n’était pas plutôt des bateaux fantômes qui étaient inscrits sur Marine traffic? Mais ce matin l’alarme AIS a bien fonctionné! Elle nous a averti qu’un bateau se dirigeait dans notre direction à 10 milles nautiques! On a pas halluciné, les pêcheurs sont bien là on les voit à l’œil nu et maintenant on se demande ce qu’ils pêchent ?

D’ailleurs ce soir on dîne à la table du cockpit au menu spaghetti aux sardines pour rester dans le thème du lieu..

Distance parcourue: 1541 MN

Jour 13

Le vent est revenu au petit matin… il faisait encore nuit. Depuis on glisse sous code 0 à 5 noeuds et sur océan encore plat, malgré une légère houle grandissante.

On enchaîne notre train train quotidien agrémenté de sieste, de repas sur le pont, de lecture et de sieste .. notre navigation est  paisible, tout va bien!

Jour 14

On a parlé un peu trop vite.. on pensait que le vent était revenu .. malheureusement pas assez fort pour notre allure en ciseaux!

Par contre la houle et les vagues croisées sont bien là. Elles se font un magnifique plaisir à nous malmener. On vit un calvaire !

Heureusement notre code 0 nous permet de retrouver un peu plus de vitesse en fin de journée  (et tant pis si on a pas le bon cap) et de retrouver un peu de confort à bord avant que nos nerfs n’explosent !

Car il n’y a rien de pire que de subir les tremblements d’un mât, des voiles qui claquent et un roulis infernal sous une chaleur étouffante !

On ne sait pas encore si on garde le code 0 à poste pour la nuit.. on dirait que le vent s’établit et nous permettrait de repasser en mode ciseaux.. plus safe si des grains se profilent à l’horizon. À voir au coucher du soleil.

La méga bonne nouvelle c’est qu’on estime que nous sommes à la moitié de la distance en terme de temps! Notre compte à rebours peut commencer !!! Plus que 14 jours !!!

(En théorie…)

Jour 15

Après une énième nuit désastreuse à ne plus pouvoir supporter le claquement des voiles dans les haubans et le mât, Robin a capitulé et rallumé le moteur pour au moins dormir quelques heures d’affilées.

Et puis ce matin le vent s’est remis à souffler, un bon 15 noeuds de cul, nous permettant de refaire de la voile en ciseaux à une allure agréable.

J’en ai profité pour faire une lessive.

La journée est passée sans rechigner. On avait le nez plongé dans nos bouquins ou dans notre oreiller.

On espère que le vent ne meure pas ce soir et qu’on garde ce rythme encore quelques jours!

Jour 16

Nous filons à toute allure comme sur une autoroute à travers cette journée sans nuages où l’horizon n’a pas de fin. Pas un nuages ni un oiseau ni un bateau.. nous sommes seuls au monde entourés de bleu et de blanc ..

Je pense qu’on va battre notre record de distance aujourd’hui et sans faire un seul détour ! Nous naviguons droit sur la route toutes voiles dehors et ceci grâce à « Pétrel » notre régulateur d’allure, notre plus fidèle compagnon de route qui ne lâche jamais la barre.

En ce moment la lune nous offre un spectacle de toute beauté!

Se couchant juste derrière le soleil, son trait si fin en forme de C à peine visible sur l’horizon, resplendit de tous ses feux dans le ciel aux teintes orangées, violacées et bleutées. Manque plus que le petit pêcheur assis sur son rebord pour nous faire un coucou de la main!

Jour 17

Effectivement nous avons battu notre record de distance depuis notre départ du Chili. En 24h nous avons parcouru la distance de 138 MN ce qui nous donne une vitesse moyenne de 5,9 noeuds.

Au galop Metani chevauche les vagues et il n’est pas prêt de ralentir sa course ! Ça continue aujourd’hui !

À ce rythme nous arriverons le 5 mars aux îles Gambiers à notre plus grande réjouissance. Cependant il ne faut jamais parler trop vite car la route est encore longue et la météo peut encore changer!

J’ai finalement osé faire un cake avec les trois bananes pourries que je maintenais en vie au fond du frigo.. !

Franchement je suis épatée comme la peau de la banane peut conserver cet aliment et en faire un ingrédient remarquable quand il est mélangé à du chocolat, des œufs, du beurre et de la farine!

On a entendu un grand BAM sur le pont cet après-midi.. c’est un de nos réflecteur radars qui s’est décroché de nos haubans et malheureusement, il a terminé sa chute dans l’océan. Impossible de le sauver, le temps que nous sortions de nos couchettes, il était déjà porté disparu. On est triste de polluer l’océan. On espère qu’il s’échouera sur un atoll et ne sera pas mangé par un poisson.

Jour 18

Quand je vous disais qu’on avait lâché les chevaux cela se confirme encore aujourd’hui. Metani est lancé dans sa course folle sur le Pacifique sud, même la vague désorganisée ne l’arrête pas et il a encore pulvérisé un nouveau record de distance: 144 MN au compteur! Vivement que ça dure!

Nous avons dépassé l’île de Pâques. Plus possible de faire marche arrière. Notre escale est reportée à une prochaine fois.

Faites que la mer s’organise un peu car elle me met l’estomac en vrac aujourd’hui. Je me sens faible et fatiguée. J’ai la nausée.

Encore une dizaine de jours à tenir .. à bouffer du bouquin, et encore quelques produits frais.

Jour 19

Encore une bonne performance en 24h.

On garde une moyenne de 6 noeuds ça fait plaisir.

Cependant c’est tout pour aujourd’hui le vent a décidé de s’estomper un peu.. nous ne battrons pas de record les prochaines 24h.

Heureusement la mer s’est aplatie, la vague se range et nous arrive par derrière, c’est de nouveau très agréable dans le bateau et je n’ai plus la nausée!

En retrouvant de l’appétit, je me suis mise à cuisiner une nouvelle recette à base de betterave qu’une copine m’a suggéré.

J’ai un peu improvisé et j’ai réalisé une sorte de chaud froid de rondelle de betteraves marinées dans de l’huile, de l’ail et du gingembre puis grillées à la poêle et mélangées à des quartiers d’orange, de l’oignon rouge, de la fêta et des amandes grillées avec du soya.. franchement trop bon!!

Après ça Robin a décidé de démonter la pompe d’eau de mer du moteur pour changer un des joints  de l’axe de la pompe.

Car il avait remarqué une petite fuite d’eau à la dernière utilisation du moteur.

Comme les conditions de nave étaient calmes, il s’y est mis.

Pas une mince affaire tout de même ! Heureusement il avait déjà pu pratiquer une année auparavant a l’aide d’un tuto YouTube. Quelques heures plus tard, avec un peu de persévérance il a réussi à tout démonter et surtout tout remonter dans le bon sens!

Maintenant, on attend que le joint sèche avant d’allumer le moteur et voir si la fuite est colmatée.

Et puis on a remis le code 0 pour retrouver un semblant de vitesse et faire un meilleur cap ..

On ne s’ennuie pas à bord de Metani !

Jour 21

Grosse frayeur

Robin: “J’ai eu une grosse frayeur hier soir dans le cockpit.

Debout à l’avant de la barre à roue, je vérifiais l’angle de barre dans la pénombre.

Quand tout d’un coup, comme si une poulie ou un winch avait explosé, un morceau me passe à quelques centimètres de l’oreille et ricoche sur la barre à roue avant de finir dans le sillage de Metani.

Tout ça en un éclair!

Je pousse un cri de panique en pensant que quelque chose est cassé avant de commencer à inspecter ce qu’il manque à bord..

Rien! Rien ne manque. Tout est à sa place et là dans une grande respiration de soulagement je me dit “quel con!”

Quel con ce poisson volant qui à failli s’assommer en m’assommant sur son passage.. Une belle pièce en plus!

Seulement quelques écailles gisant sur le plancher du cockpit témoigne de son passage. Tout le monde s’en sort bien et mon cœur ralentit. Ouf! “

Jour 22

Dans moins d’une semaine on devrait toucher terre! Faites que ça soit vrai !

22 jours de traversée, c’est le temps que nous avions mis de Puerto Vallarta au Mexique pour rejoindre les îles Marquises de la Polynésie française avec notre chère Morgane il y a 4 ans. On avait trouvé la route déjà un petit peu longue…

Cette fois c’est carrément plus éprouvant!

Mais on ne perd pas le moral. On se divertit l’esprit dans nos romans passionnants!

J’entame mon 19 ème livre et Robin son 7ème! On va bientôt faire une overdose de lecture mais c’est pour la bonne cause.

Le vent a un petit peu diminué cette fin de nuit et la vague aussi. Ça devient de plus en plus agréable dans le bateau. La météo prévoit encore deux jours de vent léger à 14 noeuds et après ça faiblit à 10 noeuds à partir du 2 mars.. on espère pouvoir continuer à la voile sans toucher au moteur mais ça va être tactique ! La bonne nouvelle c’est que la mer sera quasiment plate. Et nous permettra peut être même d’envoyer notre SPI rouge?

Avec les orages qui se profilent à l’horizon, le temps se fait lourd aujourd’hui et nous oblige à manœuvrer. La température grimpe, on s’est pris une douche pour se rafraîchir après nos deux empannages..

Jour 23

Plateau télé comme à la maison face à cet océan! On savoure les derniers souffles des Alizés avant la pétole annoncée pour demain en fin de journée et le reste de la semaine..

On a bien avancé aujourd’hui encore un petit record de distance de 141 MN, malgré les grains qui nous passent au-dessus de la tête!

Jour 24

À notre grande surprise, Metani a encore battu son record de distance ces dernières 24h, comme si elle savait que c’était le moment ou jamais de nous étonner une fois de plus et de surtout profiter pleinement de ces superbes conditions météo.

147MN au compteur.. qui dit mieux?

Il nous reste donc 560 MN à parcourir.. ça représente 4 jours à peu près si on garde une bonne vitesse supérieure à 5 noeuds.

Dans ma tête, ces 4 jours représentent le temps que nous avions mis pour traverser le Drake depuis le Cap Horn et rejoindre la Péninsule Antarctique.

Dans la tête de Robin, ces 4 jours représentent 4 fois le tour du lac Leman à la voile.

Le fait de s’imaginer dans d’autres lieux, sous d’autres atmosphères, d’autres conditions météo, nous permet de relativiser énormément et d’apprécier ce moment présent qui nous rapproche de plus en plus près de la Polynésie Française dans des conditions relativement paradisiaques.

Pas besoin de s’habiller ou de se déshabiller, d’enfiler mille couches pour sortir du bateau régler les voiles, pas besoin de s’enfermer dans le carré de peur qu’une vague va nous engloutir.

Non : ici à quelques jours des Gambiers nous naviguons en slip et t-shirt, avec toutes les fenêtres ouvertes et les ventilateurs en marche!

À bord nous avons 3 plantes vertes que Igor du Kotik nous a offertes avant de quitter Puerto Williams. Elles sont toutes les trois bien différentes. Il a la grimpante, il y a celle  en forme de cœur et puis il y a la plus petite qui nous en fait voir de toutes les couleurs!

Très caractérielle ou plutôt très vivante, mais aussi très sensible, elle nous montre très bien ce qu’elle aime et ce qu’elle n’aime pas.

Elle n’aime pas recevoir en direct les rayons du soleil. Elle change la couleur de ses feuilles formées de trois pétales, passant du vert au rose puis au rouge bordeaux, dès que la nuit arrive elle les replie.

Elle nous a même fait des fleurs une fois, 5 minuscules fleurs jaunes pour nous remercier de l’avoir déplacée à un endroit plus confortable.

Et là, depuis le début de la traversée elle est contrariée. Je sens qu’elle nous en veut. Elle nous montre des signes de faiblesse. On dirait qu’elle va mourir.

En effet, on ne pouvait pas la laisser dans son emplacement favori pendant la navigation de peur qu’elle se casse la figure. Alors on l’a mise à l’abri mais sûrement trop loin de la lumière et je crois qu’elle n’est pas très fan de l’eau du dessalinisateur (comme moi). Alors je lui est trouvé un autre emplacement un peu plus éclairé et je lui donne de la bonne eau en bouteille qui j’espère va la requinquer et nous faire pardonner! Car c’est un peu notre petit porte-bonheur avec ses feuilles en forme de trèfles!

Jour 25

La nuit est tombée. On scrute l’horizon comme si on allait assister à un événement inattendu. On patiente tous les deux perchés dans descente du carré abrités par le taud du Bimini que nous avons dû refermer à cause de la pluie qui nous bombarde. Heureusement la lune est haute dans le ciel, elle nous éclaire les nuages et nous rassure un peu.

On navigue toutes voiles dehors en direction d’un épais rideau noir où un horizon apocalyptique s’anime. Les flash illuminent tout l’horizon loin devant notre étrave. Parfois on aperçoit l’éclair qui touche l’océan. On commence à sentir une légère frayeur. On vérifie les images radars de la météo pour comprendre quoi faire ?

Partir au nord ? Contourner par le sud? Repartir à l’est ? S’arrêter? Attendre que ça passe?

Beaucoup de questions fusent dans nos deux têtes. Car si on en croit l’image satellite du nuage, il se déplace droit sur nous et il est costaud!

On scrute à nouveau, on vérifie la météo. On  est hypnotisé par les éclairs, on prie, on évalue la trajectoire de l’orage. On s’aperçoit qu’il se déplace sur notre gauche alors on fonce à droite toute, tant pis si on remonte au nord-est .. c’est juste pour quelques heures.

Et puis on se questionne des risques si la foudre venait à nous toucher? On est le seul mat à la ronde, la cible parfaite pour l’orage! On a peur. On prie.

Robin décide d’entourer le pied de mat d’une chaîne et de la laisser traîner dans l’eau pour faire paratonnerre de sortie. Car on a beau se dire que nous sommes à l’abri dans un bateau en métal n’empêche on ne sait plus où se tenir.

Et puis le vent s’arrête, on sent que l’orage se rapproche, on affale toutes les voiles.  Autant les préserver si la foudre devait s’abattre sur Metani; avec les voiles enroulées, elles ont peut être moins de risque de partir en fumée.

On avance au moteur perpendiculairement aux éclairs. On se rassure. On voit que l’orage est entrain de passer à l’arrière. On va dormir 1 heure.

Et puis ça recommence. Des flash qui se rapprochent. Finalement on décide de tout couper. On éteint le moteur, on déconnecte toutes les batteries, on met nos téléphones dans le four, on bloque la barre à roue et on attend que ça passe.

On prie pour que l’orage passe vite car on ne peut pas laisser notre congélateur éteint trop longtemps sous 30 degrés Celsius !

Si il y a bien une chose dont j’ai peur ce sont les éclairs surtout quand on se retrouve au milieu de l’eau .. sans personne à la ronde.

A l’aube l’orage a passé, la foudre nous a épargné. On rallume le moteur et on continue notre slalom incessant toute la journée pour contourner les nouveaux orages qui  se profilent à l’horizon.

Maintenant que le jour est levé ça fait moins peur car on ne voit plus aussi bien les éclairs. Mais on doit quand même rester très vigilants. On prend notre mal en patience!

Normalement demain le ciel sera clair et sans nuages!

Ce soir à défaut des éclairs, on a eu droit à un coucher de soleil époustouflant. Un sacré Tableau vivant qui embrassait tout l’horizon de ses couleurs rouges et orangé flamboyant.. une signature de maître divin extraordinaire ! On aurait dit que le soleil, au moment de s’engloutir dans l’océan à craqué son allumette, son dernier rayon de soleil pour mettre le feu aux nuages, comme un retour sur scène et rajouté encore plus de couleurs, des roses et violets et d’applaudissements !! Franchement remarquable et interminable !!

Jour 26

C’est le calme plat total, il n’y a pas la moindre ridule marquée sur l’eau et à peine une vague. On se croirait sur un lac enfin presque! La couleur bleu roi de l’eau nous rappelle que nous voguons sur un océan. La chaleur se fait bien ressentir quand il n’y a pas de vent. On transpire sans rien faire. C’est suffocant !

La nuit a été belle! On a tenu le code D jusqu’à 4 heures du matin et depuis le moteur a pris la relève. On a pu dormir comme des bébés!

Le calme de l’océan nous encourage à faire plein d’activités sur Metani aujourd’hui. Pendant que Robin nettoie le filtre de notre dessal, je fais la lessive. Ensuite on se douche, suivi d’un atelier cuisine où je prépare un flan caramel et orange et une bonne salade de betteraves aux pamplemousses pendant que Robin installe son matériel de pêche pour pêcher à la traîne.

Quelques heures plus tard, alors qu’un nuage nous rafraîchit en nous aspergeant de pluie, ça ne mord toujours pas..

Jour 27

Les traversées des océans devraient toujours être aussi paisibles et agréables comme en ce moment. Mer calme, 1m 40 de vague, 6-8 noeuds de vent de travers. Le pied!

Ce matin nous avons hissé le Code D, arrêté le moteur, pris le petit déjeuner sur la table du cockpit pendant que le soleil se levait : c’était juste merveilleux!

Depuis, Metani glisse sans à coups à 4 noeuds c’est paradisiaque! Malheureusement on va encore trop vite pour arriver avant la nuit du jeudi.. alors on va tirer le frein à main et peut-être se mettre à la cape pour entrer dans le lagon à l’aube de vendredi.

Car une fois à l’intérieur, c’est parsemé de patates de corail et de bouées dues aux fermes perlières.. ça serait dommage de gâcher notre arrivée !

Jour 28

Ça aurait été trop beau de continuer sous ces conditions de navigation paradisiaques jusqu’à l’arrivée.. on aurait même souhaité que ça ne s’arrête jamais.

On avait presque oublié que ça fait maintenant 28 jours que nous vivions reclus dans un 10 mètres carrés .. au milieu du Pacifique sud entouré que de bleu..

Non, heureusement que le temps a changé et nous a ramené une vague bien hachée et désorganisée avec un vent inconstant qui fait claquer les voiles comme on aime.

Mais comme ça, on peut vraiment se réjouir d’en finir!! Et dans moins de 100MN on aura presque tout oublié..

Allez courage!! Encore quelques heures de tourmente avant le calme plat.

D’ailleurs on se demande à combien de milles allons nous apercevoir la terre?

Jour 29 :

Terre en vue !

C’est au lever du soleil quand nous approchons enfin des iles des Gambiers. Des bouts de terre émergent et grandissent sous nos yeux. Un moment d’intenses émotions.

Quelques heures plus tard, nous voilà mouillés dans une piscine d’eau turquoise à 31 degrés celsius.. entre l’ile Akamaru et Makiro. Un premier plouf obligatoire voir nécessaire pour vraiment se rendre compte que nous ne rêvons pas! Nous sommes enfin arrivés à destination!

Quelques chiffres de notre Transpac :

Route directe: 3450 nm

Route parcourue: 3860 nm soit 7150 km

Durée: 29 jours et 5 heures

Vitesse moyenne SOG: 5,5 noeuds

Heures moteur: 82 heures

Douche prises: 6

Bateaux croisés: 4

Avaries: 2

1. Fuite au niveau de la pompe à eau de mer moteur (changement joint spi)

2. Perte du réflecteur radar dans les haubans