29 septembre :

On profite de la mer quasiment plate, encore protégée par l’île, pour hisser la grand voile et dérouler le génois. Et c’est parti! Cap au 260 sur un seul bord et 1’150 miles nautiques (10 jours environ) pour rejoindre les îles Tonga.

Je tiens la barre pendant 3 heures histoire de ralentir mon mal-être et de profiter du paysage.

Je regarde de temps en temps derrière et voit l’île de Maupihaa qui diminue assez vite dans le sillage de Metani. C’est toujours un moment très mélancolique. Surtout quand on quitte un endroit si paradisiaque qui nous a servi de refuge douillet pendant 20 jours pour se farcir un océan furieux avec du vent fort et la grosse vague pendant les 4 prochains jours où on va sans cesse se faire bien secouer!

Le positif dans tout ça c’est qu’on va avancer vite et arriver plus (…) que prévu à destination !

Et que la température de l’air a bien chuté. Le thermomètre indique 25 ou 27 degrés Celsius dans le bateau ce qui est très agréable!

En effet, les 3 premiers jours de navigation sont coriaces. Les rafales de vent affichent souvent 28-30 noeuds, on avance vite en soubresaut avec trois ris dans la grand voile et un tiers de génois déroulé. Metani est barré par le pilote à vent, Pétrel, qui malgré son efficacité surprenante a quelquefois du mal à abattre quand une plus grosse vague nous embarque la poupe et nous fait partir au lof. C’est à dire nous fait prendre soudainement un virage contre le vent jusqu’à ce que les voiles faseyent et fait gîter le bateau brusquement!

Pendant que je languis allongée en chien de fusil calée avec les coussins, Robin passe son temps à régler les voiles enfin surtout le génois afin de rendre le bateau domptable. On mange des repas lyophilisés à même le sachet pour éviter d’en mettre partout.

Et on s’impatiente de l’accalmie tout en battant successivement nos records de distance en 24h, c’est motivant!

Néanmoins, suite à une rapide vérification du fond de calle du moteur, Robin s’aperçoit que nous avons de l’eau dans les fonds. Il éponge environ deux litres d’eau salée la tête à l’envers dans le compartiment moteur tout en se demandant d’où elle peut bien venir?

Il vérifie l’arbre de l’hélice en pensant que la fuite vient du joint du presse étoupe mais non c’est sec. Alors il pense que c’est le water lock de l’échappement du moteur qui pourrait fuir.

Mais impossible à vérifier tout de suite car il faut vider la couchette arrière de tout notre matos de kite et de ski.. et pour le moment franchement ça secoue tellement dans le bateau que même Robin pourrait avoir le mal de mer en faisant cette opération.

Alors on cogite, on essaie de se rassurer que ce n’est pas trop grave et on espère que le niveau d’eau n’augmente pas. Bref on espère qu’on ne va pas couler!

3 octobre : Jour 4

Enfin ça se calme comme prévu! La vague a bien diminué et le vent s’estompe gentiment à 17 noeuds ce qui rend la navigation plus douce et plus agréable sans changer notre vitesse qu’on maintient à plus de 6 noeuds de moyenne.

Je m’extirpe de ma couchette et décide de me laver vite fait à la lavette, changer de t-shirt et de nous cuisiner un bon petit plat!

Notre congélateur est encore plein de viande achetée au Chili. Il faut la consommer avant de se la faire confisquer aux Fidji !

Du coup, nous mangeons des merguez avec du riz aux carottes pour célébrer ce jour plus calme!

Robin profite de l’accalmie pour vider la couchette arrière et voir de plus près d’où vient cette fuite?

La bonne nouvelle est que le niveau d’eau est stable, il essore entre 6 et 7 éponges par jour. Rien que de le voir transbahuter tous notre matériel de derrière à l’avant du bateau me fait des hauts le cœur et je ne peux que le regarder faire!

De nouveau il inspecte les fonds de cale de la couchette arrière frontale vissée sur le front la tête en bas en réalisant que tout est sec autour du water lock. Par contre, il voit qu’un filet d’eau ruisselle depuis plus loin derrière, depuis la paroi de la jupe!

Y aurait-il une entrée d’eau salée au niveau des vis du régulateur d’allure taraudées à même la jupe ou celles de l’échelle?

Là, impossible de vérifier pendant la navigation. Il nous faudra patienter jusqu’à notre arrivée au calme et peut être même quand nous serons à sec, au chantier de Vuda Marina pour trouver la cause et réparer.

En attendant, nous croisons les doigts pour espérer que la fuite d’eau n’augmente pas et Robin écope les fonds du bateau deux fois par jour.

4 octobre: Jour 5

On a une adonnante ce qui nous permet de mettre les voiles en ciseaux et de rendre le bateau encore plus confortable et de garder une vitesse à 6,5 noeuds.

J’arrive à cuisiner deux fois ce jour! Une omelette à deux œufs (les seuls qui nous restent) avec le riz aux carottes et du fromage fondu par dessus pour notre petit déjeuner. Pour le soir des boulettes de cochon sauvage des îles Gambier avec de la purée et des dés de courgette (la dernière du faapu de Tahiti).

La fuite d’eau est toujours sous contrôle, le nombre d’éponges n’a pas augmenté.

Pendant la nuit, toujours les voiles en ciseaux il nous est impossible de prendre un cap pour passer au sud d’une zone de haut fond. Il s’agit ici d’un volcan sous-marin qui jaillit de 5’000 m de profondeur à une dizaine de mètres sous la surface de l’océan ce qui peut entraîner des vagues tumultueuses. Un vrai champ de mine ! C’est à 2h du matin, pendant que je dors à point fermés, que Robin part en slip enlever le tangon sur le pont pour empaner le génois et repartir sur une allure bâbord amure afin d’éviter cette zone dangereuse.

5 octobre : Jour 6

Metani avance super bien! D’ailleurs on a battu notre record de distance : 151mn en 24h ! Du jamais vu!!

Nous passons devant Niue au coucher du soleil. Niue est une île de 260km2, une île sans passe, sans lagon. C’est carrément même un pays insulaire et indépendant abritant 1689 habitants mais économiquement et logistiquement dépendant de la Nouvelle Zélande. Beaucoup de bateaux y font escale et font l’éloge de cet endroit mais Robin n’était pas très enchanté de se retrouver amarré à un corps mort en pleine mer en sachant qu’on allait mal dormir à cause du roulis provoqué par les vagues de l’océan.

Je réchauffe la purée avec de la ratatouille en conserve du Chili pour notre dîner. Et on remet nos voiles en ciseaux. Cap au 250.

Toujours 6 éponges !

6 octobre: Jour 7

Ce matin le lever de soleil est divin. Le ciel est parsemé de différents nuages à différents étages ce qui rend le paysage ultra dimensionnel !

En approchant des îles Tonga nous devons envoyer un formulaire aux douanes du pays 24 h avant notre arrivée stipulant notre ETA, notre jour et heure d’arrivée au port d’entrée du pays.

Et là tous les voiliers doivent se poser cette même question : mais quel jour sommes-nous ?? Car pendant cette navigation nous traversons le 180ème degré de longitude situé entre les îles Tonga et les îles Fidji. Nous passons au pays du soleil levant, c’est à dire au lendemain. Comme nous venons de l’Ouest le décalage horaire est non pas -1 heure mais + 23 heures!

Nous n’aurons donc rien fait le 7 octobre 2026! Dingue non!?

Une autre chose assez impressionnante que nous vivons pendant cette dernière nuit de navigation est que nous allons traverser la fosse des Tonga; un véritable canyon subaquatique d’une profondeur de 10’882m à son point le plus bas, large de 120km et longue de plus de 1’000km, il nous faudra environ 5 heures pour la traverser!

C’est la deuxième fosse la plus profonde connue, après la fosse des Mariannes (11 034 mètres maximum) et avant la fosse des Kouriles (10 542 mètres maximum). Alors que nous voguions les 6 jours auparavant sur un plateau d’une profondeur égale à 5’000m avec un courant océanique plutôt constant allant d’Est en Ouest, ici on se demande comment ça va se passer à la surface??

Mais étonnamment pour l’instant tout va bien! Puis quelques heures plus tard Robin reste en veille à la barre jusqu’à 1 heure du matin pour contrôler les coups de vent à plus de 25 nœuds et la trajectoire de Metani qui s’affole dans des vagues désordonnées. Nous subissons le courant perpendiculaire des abysses.

On est toujours entre 6 et 7 éponges !

8 octobre: Jour 8

Je sirote mon café dans le cockpit face au lever de soleil pendant que Robin dort à point fermé. Il récupère de sa mauvaise nuit.

C’est notre dernière journée de nave! On s’impatiente d’arriver.

On dirait qu’il va pleuvoir aujourd’hui il y a une grande barrière de nuage qui ouate le soleil et je remarque déjà des rideaux de pluie à notre sud. Ça serait bien de se prendre une bonne rincée pour dessaler le cockpit et le pont de Metani qui sont crépis de sel!

Encore 50 MN pour atteindre les eaux calmes et protégées de l’archipel des Ha’apai situé au milieux des îles Tonga.

Si nous maintenons notre vitesse à 6 noeuds de moyenne nous devrions arriver devant le village de Pangai sur l’île de Lifuka vers 17:30 avant le coucher du soleil!

Impatients impatients impatients!

On dirait que les heures se rallongent ainsi que les milles .. le temps est contre nous même le courant ce qui nous ralentit d’avantage .. la nature joue avec nos nerfs! C’est là qu’il faut pas craquer.. mais la tension est palpable!

À 10 MN .. enfin Robin crie Terre en vue!!

En effet, il est difficile de percevoir ces îles qui sont situées à ras l’océan.. leur élévation au dessus de l’eau étant de 6 mètres.. heureusement qu’elles ont des arbres pour les apercevoir du large!

Eh là, une dorade corifène mord à l’hameçon de notre ligne de pêche!! En furie d’excitation Robin essaie de la remonter jusque dans le cockpit mais à force de taper à gauche à droite sur le portique elle arrive à se détacher et prendre la fuite!

Décidément c’est pas notre truc la pêche à la traîne!

On tire notre dernier bord à l’abri de l’île sur un plan d’eau plat! Comme ça fait du bien!!

On déroule la trinquette pour remonter le vent et atteindre le village de Pangai sur l’île de Lifuka où nous mouillons notre ancre après 8 jours et 8 h de traversée depuis Maupihaa!

Tout est calme, on est à plat c’est grandiose !! On se prend enfin une bonne douche et on boit une bonne bière à cette traversée éclair!! Santé !!